Etre encore et toujours surpris

Par Claude

Il y a les grandes illusions, celles dont on rêvera toujours, qui ne se transformeront peut-être jamais en espoir, idée ou projet, mais qui sont autant d’utopies qui seront peut-être demain une réalité.

Réaction assez spontanée  à la dernière production « maurelesque »,  sur cette question naïve et complexe du « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » qui me touche dans sa simplicité et sa profondeur. Parce que j’ai transformé spontanément la question en  « qu’est-ce que tu fais de ta vie ». Parce que la réponse est aussi complexe que la question est bateau.

La réponse, pour moi, ne peut que renvoyer au sens que chacun de nous donne aux « choses de la vie » (référence à Claude Sautet), où la moindre rupture nous rappelle notre chance au quotidien, celle de faire un sacré surprenant métier, en plus plein de surprises, d’appartenir à un collectif où on se parle, pour se dire des choses, que chacun filtre dans sa besace, pleine de ses propres histoires de vie, et qui, avec ceux qu’on aime, nous aide à mettre un pas devant l’autre. Ou ,comme disent les Amérindiens, mettre son pas dans celui d’un ami. N’est-ce pas appréciable en ces temps où, pour paraphraser « l’autre », ce qui est certain, c’est que tout est incertain, et que si nous avons des convictions à confronter et à défendre, c’est que ce ne sont pas les choses qui ont un sens, mais que c’est nous qui leur donnons du sens.

Pas de morale dans mes propos, mais des couleurs que je donne à l’air du temps, à l’automne de ma vie, avant que ne vienne le crépuscule. Il y a encore tant de raisons de s’émerveiller et de s’indigner. Je vous parlerais peut être d’un défilé de mode, dans un village berbère, dont je ne suis toujours pas remis. Un blog, ça sert aussi à ça !

 

« Et toi, tu fais quoi dans la vie? »

par Julie.

Je sais pas vous mais moi il y a des questions que j’attends avec angoisse. En soirée, ou n’importe quel autre moment de rencontre et de sociabilité, quand on me pose celle-là « tu fais quoi dans la vie », je prends une grande respiration et je plonge.

La stratégie numéro 1 c’est de dire que je fais « du conseil en com ». Je fais tout sauf ça, voire l’inverse, vu ce que la « com » évoque chez la majorité d’entre nous. Mais c’est simple, efficace, les gens font « haaa » d’un air entendu (« Ah oui, comme dans 99 francs »), je leur retourne la question et c’est réglé. Bon sauf que c’est faux et que 10 jours après, le nouveau copain m’appelle pour savoir si « toi qui est dans la com’, tu pourrais pas me faire l’affiche pour la soirée de mon asso? ». Comment te dire. Non.

La stratégie numéro 2 , c’est d’utiliser « l’intitulé tout fait ». C’est là que la respiration et le plongeon prennent tout leur sens : « je fais du conseil (bim) aux collectivités locales (aïe) sur les questions de démocratie participative (ouch!) ». Bon. Souvent il y a un flottement. Si je le fais devant un groupe de personnes, ils se regardent pour voir si dans le lot y en a un qui a une idée de ce que ça peut être. Et là on rentre dans la phase de précision. Dont la durée peut varier entre 3 et 30 minutes, en fonction du degrés de justification de ce que je fais à fournir.

Alors aucune stratégie d’évitement ne fonctionne : « non c’est pas intéressant », « euh c’est un peu compliqué », « on en parle plus tard, c’est un peu long à expliquer », « non toi d’abord, dis moi ce que tu fais ».

J’aime autant vous dire que quand je dis simplement que je suis « facilitatrice », parce que c’est ce mot-là, qui, pour l’instant me convient et me paraît le plus proche de ce que je fais, et bien ça ne change pas grand chose. Alors une bonne fois pour toutes, non, je ne négocie pas avec les preneurs d’otages. Encore que…

Conte

Par Julie / Ecrit d’une traite

Je suis née en 1983. J’ai voté pour la première fois en 2002. En 2014, je me sens comme le Petit Chaperon rouge.

Naïve et heureuse, je pars de chez ma mère, chargée de ma bonne éducation pour aller visiter ma Grand-mère, la Démocratie. Lors de mon trajet, traversant le bois, je compléte mon panier, déjà bien garni, de bonnes idées pour l’alimenter. Mais enfin, pour entrer chez ma Grand-mère, c’est très compliqué, il faut tirer une chevillette, une bobine doit cherrer… Bref, il faut voter ! Mais je suis bien élevée, et ma Grand-mère est malade, alors je m’exécute. Mais quand j’entre enfin, je ne reconnais pas cette Grand-mère tant aimée. Qu’elle a de grandes oreilles… mais il semble qu’elle n’entend pas, ce doit être l’éloignement avec les électeurs. Qu’elle a de grand bras… Mais ils ne semblent pas bien accueillants, ce doit être la professionnalisation de la politique. Qu’elle a un gros ventre, ce doit être le cumul des mandats. Qu’elle a de grandes dents !

Ami.e.s lecteurs.trices je termine ce conte de l’intérieur du ventre du Loup affamé. J’ai été trompée, ce n’est pas la Démocratie que je voyais. Je suis là avec ma Grand-mère et, heureusement, le contenu de mon panier est intact : tirage au sort, délibération, co-construction… Comme nous sommes des personnes pleines de ressources, nous n’attendrons pas que le chasseur nous délivre. Nous allons nous débrouiller, parce que ma Grand-mère me dit que personne ne s’inquiète vraiment d’elle. La preuve : ça fait des années qu’elle sait qu’il faut changer sa porte, et jamais personne ne s’en est occupé ! Je ne suis qu’une petite fille mais je veux continuer à grandir avec la Démocratie.

Participer : prendre part librement

Par Claude

38 % d’abstentions aux dernières élections municipales et un véritable contrat de méfiance envers ceux qui ont choisi de s’engager dans l’action publique ; des médias qui, au prétexte d’informer, de donner des clefs de lecture et de compréhension, s’acharnent à débusquer l’anecdote, la contradiction, le revirement ou l’entêtement, comme autant d’éléments de discernements indispensables, pour construire des opinions tranchées sur les derniers ragots à la mode. Il en est quelques-uns qui doivent se retourner dans leur tombe. Et dans le même temps, une effervescence bouillonnante d’initiatives, de projets, d’utopies pour proposer à chaque citoyen de prendre part aux choses qui le concernent. Et l’on peut croire que c’est dans cette nouvelle espérance que se refondera la démocratie de demain.

Pas une démocratie confisquée, au prétexte qu’on donne mandat ; pas une démocratie scénarisée qui donne à croire que le peuple est consulté, alors qu’il n’est qu’informé de ce qui va se faire, au nom de l’intérêt général ; pas une démocratie de comptoir où l’invective sert de point de vue ; pas une démocratie d’alcôves où les sachant disent ce qui sera, et qui souvent, n’advient pas. Mais plutôt une démocratie où la chose publique devient l’affaire de tous, de la place qui est la leur et dans une logique de complémentarité, où chacun peut contribuer, apporter sa pierre à l’édifice collectif, fort de son histoire et de son expérience. Cette reconquête d’un pouvoir dilué passe d’abord par la participation des citoyens à la chose publique. A peine lâché, le mot fait l’objet d’exégèses sur les sens multiples qu’il sous-tend, sur les déviances immédiates que l’on peut craindre, jusqu’à s’insurger contre une forme d’injonction à participer. La question me semble mal posée et j’ai quelques convictions que j’ai envie de partager, parce que je crois que toute démarche de participation est de nature à favoriser l’engagement citoyen et à la prise de pouvoir que chacun peut revendiquer. Ah ces mots qui sont tant et si peu de choses.

Depuis quelques mois, il se trouve que je travaille sur des événements qui s’intéressent aux publics dits « empêchés », dans l’impossibilité momentanée de faire valoir leurs droits, leur expérience, leurs compétences, leur point de vue. Et que demandent ces personnes si ce n’est le soutien juste (dignité, respect et pouvoir d’agir) , pour prendre part aux choses qui les concernent. Ce qui est complexe pour eux, ce n’est pas de participer en soi, c’est d’avoir à trouver leur place, avec ce qu’ils sont en devenir, auprès d’autres moins en difficultés et en souffrance. Bien souvent, ils ont oublié qu’ils savent, que leur expérience est utile. Je crois moins à leur indifférence qu’à ces peurs, craintes et replis, tout occupés à survivre et à redonner du sens à leur vie. Cette prise en considération, faite d’écoute et de partage, mais aussi d’exigences (le pouvoir d’agir n’a de sens que sous-tendu par le devoir d’agir, au principe que chacun porte une responsabilité dans ce qui nous arrive) est une posture fondamentale pour accompagner ces personnes dans la reconquête d’une citoyenneté agissante. Je pense même que cette question, cette approche s’étend bien au-delà de ces publics et constitue un enjeu majeur pour répondre à un sentiment de désillusion généralisé, de repli consumériste, et de propos communautaristes largement relayés par des médias irresponsables, assoiffés d’audience (mais c’est un autre problème). Je ne sais pas s’il faut changer la démocratie (que tant de pays nous envient), mais je crois qu’il faut d’abord recréer les conditions de son plein exercice, l’enrichir de nouvelles initiatives et le renforcement, à la base de la participation citoyenne et responsable en est la première étape.

Pourquoi un blog pour ArchipelS ?

Ce blog n’est pas une vitrine de nos activités professionnelles respectives.

Vous n’y trouverez pas de références à nos missions, à nos clients, ou à nos compétences. Pas de définition de la démocratie participative ou de la facilitation. Pas d’injonction à l’utilisation de tel outil ou telle méthode.

Vous y trouverez plutôt des traces de nos réflexions, individuelles ou collectives, sur ce qui nous anime et nous nourrit dans nos pratiques professionnelles : compte-rendu de lecture, retour sur le suivi d’une formation, réflexion intellectuelle, interrogation collective.

Car notre collectif est construit autour de cela : échanger pour construire ensemble de l’intelligence collective. Alors pourquoi ne pas prolonger ces échanges avec ceux qui pourraient être intéressés ?